Les chrétiens devraient-ils être végétaliens ? David Clough traduction JM Noyelle

, par Estela Torres

Les chrétiens devraient-ils être végétaliens ?

David Clough (trad. JM Noyelle)

https://www.vegansociety.com/whats-new/blog/should-christians-be-vegan
https://www.becreaturekind.org/blog-posts/2019/1/28/should-christians-be-vegan

Au cours de ces dernières années, les chrétiens n’ont pas eu une place particulièrement importante parmi ceux qui se dirigent vers un régime végétalien, pourtant David Clough affirme qu’ils auraient de solides raisons religieuses de réduire ou d’éliminer les produits d’origine animale de leur régime alimentaire.

©Jo-Anne Mcarthur

Pourquoi les chrétiens ne pourraient-ils pas envisager de devenir végétaliens ? On peut trouver quatre raisons se recoupant avec celles qui pourraient venir à l’esprit de chacun : un souci de l’environnement, celui des animaux, le souci du bien-être humain et un désir d’adopter un régime alimentaire plus sain. En outre, les chrétiens pourraient être inspirés par les longues traditions religieuses de jeûne sans viande et autres produits d’origine animale. Je vais examiner ces raisons tour à tour ci-dessous. Mais commençons par quelque chose de plus fondamental : une compréhension chrétienne de Dieu et du monde, laquelle pourrait fournir une motivation particulière vers le végétalisme.

Les chrétiens croient au fait que tout dans l’univers doit son existence à Dieu. C’est ce que signifie le monothéisme : le Dieu que les chrétiens adorent n’est pas seulement leur Dieu, ni même le Dieu de tous les humains, mais le Dieu de toutes les créatures. Les textes bibliques célèbrent le Dieu qui a créé toutes les créatures et les a déclarées bonnes (Genèse 1), qui a créé un monde dans lequel chaque créature a sa propre place (Psaume 104), et qui a compassion et pourvoit à tout ce qui est vivant (Psaume 145), qui, en Jésus-Christ, agit pour libérer toute la création de sa douloureuse servitude (Romains 8.20-21) et aussi afin de rassembler et faire la paix entre toutes choses dans les cieux et sur la terre (Colossiens 1.20 ; Éphésiens 1.10). Jésus rassura ses disciples en leur rappelant qu’aucun moineau n’était oublié aux yeux de Dieu (Luc 12.6). Jean décrit le fils de Dieu arrivant sur terre à cause de l’amour de Dieu pour le monde (Jean 3.16). Le plaisir de Dieu envers toutes créatures de Dieu et la sollicitude qui en découle signifie que les chrétiens ont une raison de les aimer et de prendre soin d’eux aussi, d’autant plus que les humains sont appelés à être à l’image de Dieu. Voir le monde entier comme étant chargé de la grandeur de Dieu, comme dit le poète Gerard Manley Hopkins, est un aspect fondamental de la vision chrétienne du monde.

Ainsi, les chrétiens reconnaissent l’univers et toutes les créatures qui le composent comme appartenant à Dieu, aimé de Dieu et pris en charge par Lui. Comment cela pourrait-il faire une différence dans la façon dont ils mangent ? Revenons aux cinq raisons que j’ai mentionnées ci-dessus.

©Jo-Anne Mcarthur

  • Premièrement, les chrétiens pourraient adopter un régime végétalien afin de prendre soin de la création divine et de l’environnement. Les émissions de gaz à effet de serre provenant de l’élevage du bétail en expansion considérable sont une des causes importantes de la catastrophe climatique que nous provoquons, laquelle aura un impact dévastateur sur les humains et les autres animaux. Réduire la consommation des produits d’origine animale est l’un des moyens les plus rapides de réduire notre empreinte carbone. L’agriculture animale industrielle pose également des problèmes environnementaux à l’échelle locale. Les grandes exploitations porcines intensives avec leurs énormes bassins d’excréments sont un voisinage terrible à supporter et ont donc une forte probabilité d’être placées à proximité des communautés pauvres, rendant leur vie encore plus misérable.
  • Deuxièmement, les chrétiens pourraient devenir végétaliens afin de permettre aux autres créatures de s’épanouir, de louer Dieu chacune à leur manière. La grande majorité des animaux d’élevage sont produits dans des systèmes industriels qui les soumettent à des souffrances inutiles et à des vies appauvries dans lesquelles ils ne peuvent s’épanouir et glorifier Dieu. La plupart des poissons proviennent désormais de milieux d’élevages intensifs ou, s’ils sont pêchés en pleine nature, sont soumis à des pratiques de pêche non durables et à une mort douloureuse. La production à grande échelle de produits laitiers et d’œufs implique la destruction des jeunes mâles excédentaires et des animaux femelles dès que leur productivité diminue. Voici de puissantes raisons pour adopter un régime végétalien plutôt que simplement végétarien. Les niveaux actuels d’élevages animaux destinés à la consommation inhibent l’épanouissement des animaux sauvages et domestiques. En 2000, la biomasse des animaux domestiques avait été multipliée par 24 par rapport à celle de tous les mammifères sauvages. La biomasse des seuls poulets domestiques est près de trois fois supérieure à celle de tous les oiseaux sauvages. Ces statistiques choquantes montrent que les humains monopolisent la capacité de production de la Terre de manière à laisser très peu d’espace aux animaux sauvages, ce qui explique en partie leur extinction massive.
  • Troisièmement, les chrétiens pourraient adopter un régime végétalien dans le but de sauver la vie de leurs semblables. L’industrie de l’élevage menace à la fois la sécurité de l’alimentation humaine et de l’eau de boisson, et ceux qui souffrent déjà de privations sont encore plus menacés. Les chrétiens sont explicitement priés de prendre soin de ceux qui sont le plus dans besoin et détiennent le moins de ressources. Actuellement, plus du tiers de la production mondiale de céréales va aux animaux d’élevage et les humains qui les mangent ne reçoivent que 8% des calories disponibles si les humains mangeaient directement ces céréales. L’agriculture animale est également un important consommateur de l’approvisionnement en eau, rare au niveau mondial : produire 1 kg de viande de bœuf nécessite 10 à 20 fois la quantité d’eau requise pour produire les mêmes calories à partir de sources végétales. Bien qu’un régime végétalien ne soit pas immédiatement accessible dans toutes les parties du monde (pour les pasteurs sibériens dépendant des troupeaux de rennes, par exemple), il est très clair que la population humaine mondiale, ainsi que les animaux et l’environnement, pourraient tirer bénéfice d’une transition utilisant des aliments à base de plantes chaque fois que possible.

  • Quatrièmement, les chrétiens pourraient adopter un régime végétalien afin de préserver la santé et le bien-être de leurs familles, amis, voisins et de la société en général. Les niveaux sans précédent de viande et d’autres produits d’origine animale consommés dans les pays développés nuisent directement à la santé humaine (incidence accrue des maladies cardiaques, du cancer, du diabète de type 2 et des accidents vasculaires cérébraux). De plus, les pratiques agricoles intensives contribuent à la fois à la multiplication des souches bactériennes résistantes aux antibiotiques et au risque de pandémie de zoonoses telles que la grippe porcine et aviaire.

Enfin, de nombreux chrétiens s’inspireront de la longue tradition chrétienne du jeûne concernant la viande et autres produits d’origine animale, le vendredi, pendant le carême et à d’autres moments. Beaucoup de chrétiens coptes observent aujourd’hui des jeûnes imposant un régime végétalien pendant les deux tiers de l’année. La pratique consistant à ne pas manger de produits d’origine animale peut être comprise dans le cadre d’une pratique de pénitence qui détourne l’attention d’un plaisir égoïste envers Dieu. De telles traditions rappellent aux chrétiens les limites qui surviennent lorsqu’on reconnait Dieu en tant que créateur : les animaux appartiennent à Dieu et les humains doivent donc les traiter avec respect et nous ne pouvons en faire ce que nous voulons.

Les chrétiens notent souvent l’existence d’arguments contre le végétarisme ou le véganisme, mais ces préoccupations ne closent pas le débat. Genèse 1 identifie les êtres humains en tant qu’images uniques de Dieu et leur accorde la domination sur les autres animaux, mais aussi la fin du chapitre recommande un régime végétalien pour les humains. Par conséquent, ce domaine initial n’accorde pas une autorisation de tuer des animaux pour se nourrir. Dans Genèse 9, après le déluge, Dieu permet aux humains de tuer des animaux pour subsistance, mais cela ne justifie pas les modèles modernes d’élevage d’animaux dans les systèmes industriels avec une manière de faire qui nuit clairement aux êtres humains eux-mêmes, aux animaux et à l’environnement. Selon les récits évangéliques, Jésus mange du poisson et offre du poisson à d’autres (bien qu’il soit intéressant de noter qu’il n’est pas cité comme consommant des mammifères ou de la volaille), mais quelle que soit sa pratique, cela ne justifie pas de manger les produits de l’élevage industriel moderne. Certaines de ces objections suggèrent qu’il serait invraisemblable de prétendre qu’un régime végétalien soit une obligation absolue pour tous les chrétiens. mais elles ne montrent pas qu’il est inapproprié d’adopter un régime végétalien afin de répondre aux grandes préoccupations ci-dessus liées au contexte moderne de l’élevage des animaux alors qu’il existe des sources alternatives de nutrition facilement disponibles.

Il est important de noter que le véganisme dans un contexte chrétien ne devrait jamais être présenté comme une quelconque utopie morale. Les chrétiens reconnaissent une brisure dans nos relations avec les autres créatures qui ne peut être surmontée par l’adoption d’une pratique diététique particulière ou par tout autre effort que nous puissions faire. Les chrétiens végétaliens ne devraient pas prétendre à la supériorité morale : ils sont pécheurs comme tout le monde. Ils cherchent simplement à agir de la manière la plus responsable possible sous l’angle des choix qu’ils font sur ce qu’il faut manger. Ils devraient pouvoir espérer apprendre de leurs camarades chrétiens de meilleures façons de vivre dans d’autres domaines de leur vie, tout comme ils peuvent espérer que leurs camarades chrétiens s’ouvriront à apprendre de leur propre pratique.

©Jo-Anne Mcarthur

Le souci au sujet de leurs compagnons humains, de leurs compagnons animaux et de l’environnement est un impératif pour les chrétiens. Par conséquent, les impacts de l’agriculture animale industrialisée moderne devraient les préoccuper tous. Il est important de réaliser que les agriculteurs ne sont pas ici les méchants : ils sont souvent contraints de mettre en place des systèmes de confort pour les animaux d’élevage insuffisants en raison du désir populaire de trouver des produits animaux bon marché et aussi du pouvoir des détaillants de déterminer les prix à leur avantage. Une manière chrétienne de se délecter d’un monde voulu par Dieu et de vivre de manière responsable parmi ses Créatures de compagnie aimées par Lui motivera beaucoup de chrétiens à adopter un régime végétalien ou pour progresser dans cette direction en réduisant leur consommation de produits d’origine animale et aussi en cherchant à sortir de la consommation des produits animaux pour des normes de bien-être plus élevées que celles offertes par les systèmes industriels.

David Clough est professeur d’éthique théologique à l’Université de Chester et prédicateur laïc méthodiste. Il est l’auteur de "On Animals", un ouvrage en deux volumes sur la théologie chrétienne et l’éthique des animaux. Il est fondateur de "CreatureKind", qui œuvre pour que les chrétiens s’engagent vers le bien-être des animaux d’élevage, et de "DefaultVeg", une simple proposition de politique à l’intention des entreprises et des organisations.