La Bible et le respect dû aux animaux, Samuel Lieven article, La Croix, 15/07/2017

, par Estela Torres

La Bible et le respect dû aux animaux
Samuel Lieven , le 15/07/2017
https://www.la-croix.com/Journal/Bible-respect-animaux-2017-07-15-1100863077

Pour le code civil, les animaux sont des « êtres vivants doués de sensibilité ». Un statut qui traduit notre rapport ambigu à l’animal, entre proximité et différenciation.

Quelle place occupent les animaux dans la Bible ?
« L’animal n’est pas le centre d’intérêt des auteurs bibliques qui s’intéressent avant tout à la condition de l’homme », prévient d’emblée le Père Pierre de Martin de Viviès, prêtre du diocèse de Lyon et docteur en anthropologie religieuse. Pour autant, nos amies les bêtes marquent leur territoire dès le livre de la Genèse. Dans le premier récit de la Création, Dieu crée les animaux le cinquième jour, après la végétation… et avant l’arrivée de l’homme, qui apparaît en même temps que les animaux terrestres (Gn 1, 26). Mieux, Dieu bénit les animaux – mais pas les plantes (Gn 1, 23). « Mais attention, distingue Pierre de Martin de Viviès, si Dieu a une parole pour les animaux, il n’instaure pas avec eux un dialogue comme il le fait avec l’homme. » Ce dernier, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, est un être à part. C’est cette ressemblance – l’homme est capable d’agir comme Dieu – qui le distingue ontologiquement de l’animal. Une mission claire lui est assignée : « Gouverner » (Gn 1, 28).

Dans le deuxième récit, la logique est renversée (Gn 2, 4). L’homme, premier créé, est placé au beau milieu d’une terre vide. Puis Dieu fait pousser les plantes, apparaître les animaux… La Création tient à la fois du zoo et du jardin botanique, dans la grande tradition babylonienne, et l’homme a désormais pour mission de la cultiver. En position dominante dans le premier récit, le voilà maintenant au service de la terre. En outre, hommes et animaux sont végétariens et vivent en harmonie. Mais avec le Déluge, Dieu remet les compteurs à zéro. Seul un couple de chaque espèce – hommes et animaux – échappe à la disparition en trouvant refuge dans l’arche de Noé. À leur sortie du navire, un nouveau rapport s’instaure (Gn 9, 1-5). Si l’homme peut désormais tuer des bêtes pour les manger ou les sacrifier, il peut aussi périr sous les crocs d’un lion. « C’est notre histoire qui commence », résume Pierre de Martin de Viviès. Une histoire où l’homme, maître des animaux, se doit aussi de les protéger.

Les animaux ont-ils des droits ?
Reflet d’une société agricole où l’homme dépend des animaux, la Bible met en place quantité de correctifs destinés à organiser la relation entre l’homme et l’animal. Ainsi les animaux ont-ils droit au repos le jour du sabbat (Ex 23,12). Et l’homme « ne musèlera pas le bœuf quand il foule le blé » (Dt 25, 4), manière de signifier qu’il peut manger le grain tombé à terre.

Toutefois, ces éléments n’ont que tardivement suscité l’intérêt des théologiens. Dans son Dictionnaire de morale catholique, Mgr Jean-Louis Bruguès développe l’approche classique qui dénie aux animaux la notion même de droits. « Ceux-ci découlent de la dignité intrinsèque de la personne humaine et exclusivement d’elle. » De même, l’affection et le respect ne sont-ils « dus qu’aux êtres humains ».

Auteur d’un mémoire sur la « théologie animale », le Père Olivier Jelen, prêtre du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, par ailleurs fondateur d’une « fraternité sacerdotale et laïque internationale pour le respect animal », montre que le regard de l’Église évolue timidement dans le sillage de penseurs chrétiens comme Albert Schweitzer ou Jean Bastaire. « Il ne s’agit pas de sacraliser l’animal ou le totémiser, écrit-il, mais de lui reconnaître une valeur pour lui-même, indépendante de ce que l’homme peut en faire. »

Ostensiblement silencieuse lors des premières lois sur la souffrance animale au XIXe siècle, l’Église se tient aujourd’hui encore à l’écart des débats entre les militants de la cause animale et les éleveurs, pêcheurs ou chasseurs. Pour l’historien Éric Baratay, c’est la réforme tridentine qui a entériné pour les siècles à venir la distanciation de plus en plus importante de l’homme à l’égard de la création. « Nous sommes allés trop loin dans l’anthropocentrisme, juge le Père Olivier Jelen. Le regard de compassion que l’Église porte sur les pauvres doit pouvoir être étendu au reste du vivant. L’encyclique Laudato si’du pape François a esquissé un pas dans cette direction mais c’est encore insuffisant. »

Diacre et vétérinaire auprès d’éleveurs de la Mayenne, Loïc Guiouillier met en garde contre la dérive opposée : celles d’un anthropomorphisme qui tend à faire passer l’animal avant l’homme. « Derrière les cas difficiles que j’ai eu à résoudre en tant que vétérinaire, j’ai toujours trouvé des situations de détresse humaine : solitude, difficultés économiques, manque de respect pour le travail des éleveurs et de leur production… Il n’y a pas de respect de l’animal qui ne passe d’abord par le respect de l’homme, car c’est lui qui est à l’origine du lien avec l’animal. »

Le salut est-il réservé à l’homme ?
Loin d’être farfelue, la question fait l’objet de débats approfondis entre théologiens. « La Bible ne dit pas explicitement comment l’animal participe au salut en Jésus-Christ, explique Fabien Revol, spécialiste de la Création à l’Institut catholique de Lyon. En revanche, des indices permettent de penser que l’animal, comme toute créature, a une destination eschatologique. »

Les animaux, en effet, font pleinement partie de l’alliance que Dieu contracte avec Noé et tous les êtres qui descendent de l’arche après le Déluge (Gn, 8.9). Une alliance que le Christ récapitule dans le Nouveau Testament et qui englobe toute la Création (Eph 1). Quant à Isaïe, il évoque ce que pourrait être la création réconciliée, un ordre cosmique universel où « le loup habitera avec l’agneau (…), le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra… » (Is 11, 7-8).

Saint Paul confère à l’être humain un rôle de médiateur (Rm 8). S’il n’accueille pas le salut par la foi dans le Christ, il en empêche l’accès aux autres créatures. « L’homme est comme un premier de cordée qui tire toute la Création vers Dieu, résume Fabien Revol. Mais attention, nul ne sait exactement ce que tout cela signifie. Il faut en avoir une lecture cosmique et non individuelle. » En résumé, si Médor n’est plus un meuble, rien n’assure que nous le retrouverons au paradis.

Samuel Lieven

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