Réflexions sur l’Avent Barbara Niedźwiedzka, Chrétiens pour les Animaux, Pologne

, par Pierre

Victor Hugo Perez

Solidarité

Qu’est-ce que la "solidarité" ? C’est un sentiment de communauté et de coresponsabilité. Il renvoie à un sentiment de connexion et d’appartenance à un tout, à la volonté d’aider et de coopérer.
Est-il possible de penser à la solidarité avec les animaux ? Certaines personnes peuvent même être offensées par cette question. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il est difficile de penser à un sentiment de communauté avec quelqu’un qui n’a pas sa place dans notre réflexion morale. De penser à des aspirations communes avec quelqu’un que l’on blesse et méprise ?
Et ils sont si nombreux autour de nous ; nous leur devons tant ! L’existence et le développement de notre civilisation.

Exclusion

On parle beaucoup d’exclusion. Dans l’ensemble, les animaux terrestres sont les êtres les plus exclus de tous. Leur exclusion est absolue. Elle est si grande que penser à la solidarité avec eux semble absurde. Si grande que, bien qu’ils soient des êtres sensibles, nous disons qu’ils ne souffrent pas. Et les quelques personnes qui se battent pour leurs droits sont traitées comme des fous déraisonnables.
Nous n’avons aucune réticence à détruire leurs maisons et leurs refuges. Ils meurent empêtrés dans notre plastique ou de faim parce que nous avons détruit leur environnement. Ils sont en train de s’éteindre. Pour la 6e fois dans l’histoire, et cette fois à cause de nous.
Ils sont exclus par la loi. Exclus par la politique, par nos traditions, exclus par le langage - nous disons toi porc, toi vache stupide, toi belette, ou toi chienne !
La loi sur la protection des animaux est en fait la loi de l’exploitation acceptable. Ce n’est pas une loi de protection animale. La politique, de droite comme de gauche, traite la question animale de manière purement instrumentale. Des intérêts colossaux sont en jeu, et nos habitudes impitoyables les soutiennent. Quelques minutes de dégustation de la chair d’un cochon maintenu dans une cage en béton, une chair que nous appelons porc, valent la peine d’ignorer la souffrance. Feriez-vous cela à votre chien ? Les cochons sont tout aussi intelligents et drôles.

Victor Hugo Perez

Souffrance

On dit : quelle souffrance ! Un poisson massacré par incompétence avant la veille de Noël ? Une vache à qui on enlève encore une fois son veau, et qui doit la nourrir, la lécher, l’éduquer ? Un poulet haché vif ? Que signifie ce petit moment de douleur ?
Des millions de moments de douleur terrible. Une vie passée dans des bâtiments aux trous minuscules, sur la surface d’une feuille de papier, sur des jambes cassées, avec des seins si monstrueux qu’un enfant de 5 ans grandissant à ce rythme pèserait 150 kilos ; une vie passée dans une minuscule cage grillagée, avec une seule pensée en tête, comment sortir ? Avec la folie dans la tête. Pour finalement mourir avec un fil électrique dans l’anus. Juste pour être rapide et complet. Vous feriez ça à votre chat ?
Une vie enfermée dans une boîte en plastique où l’on ne peut pas changer de position, sans mère, sans comprendre pourquoi ? Sans savoir que, c’est pour garder les muscles mous et rose pâle. On ne peut que mordre les armatures métalliques. Il y a encore des animaux... dans les laboratoires.
Je pourrais m’étendre longuement sur ces vies uniques et individuelles. La science sait bien quels animaux ressentent une douleur semblable à la nôtre. Et nous savons bien, nous aussi, combien un doigt coupé, une brûlure, la propagation d’un cancer font mal. Nous avons appris récemment que le confinement et l’isolement font mal ! Nous disons "douleur animale". De la pire espèce.
Toutes ces créatures sont en fait des " choses ", contrairement à ce que dit la loi et le catéchisme, elles ne le sont pas. En pratique, nous sommes libres de faire n’importe quoi avec elles, comme avec les choses. Tout au plus, nous devons fournir une certaine justification pour décider de la souffrance requise. En faisons-nous vraiment assez en veillant à ce que nos enfants ne fassent pas de mal à un chaton ou à une grenouille ? Qu’en est-il de nous, et de nos contributions d’adultes à la souffrance des animaux ?
Demandons-nous, ne pouvons-nous vraiment pas nous passer de produits acquis au prix de la douleur ?

Victor Hugo Perez

Trahison

Nous sommes tous coupables de trahir des êtres à qui nous devons la vie, la civilisation, la santé. Ce ne sont pas seulement ceux qui contribuent à leur souffrance qui les trahissent. Aussi, ceux qui en sont conscients et ceux qui ne veulent pas savoir. On peut faire ici de nombreuses analogies entre l’outrage aux personnes.
Nous trahissons les animaux comme quelqu’un qui a été exploité, avec l’aide duquel nous avons construit notre richesse, et qui a ensuite été privé de tout ce qui était important pour lui, qui a été enfermé dans une prison cruelle. À l’arrière-plan, il y a les grandes entreprises qui répondent à nos besoins. Toujours plus de confort et de plaisir raffiné. De préférence à bas prix. Les prêtres bénissent les chasseurs avant la chasse et les jambons avant le déjeuner de Pâques. Tout est à propos de nous et pour nous.

Secret

Nous avons tacitement accepté de garder secret ce que nous faisons, même vis-à-vis de nous-mêmes. La psychologie connaît bien cette procédure.
Nous fermons les yeux, nous fermons notre cœur, nous prétendons que tout va bien. Parfois, pleins d’irritation, nous faisons taire quelqu’un qui veut démolir tout cela. Ne m’en parlez pas ! Je ne peux pas écouter ! Je n’ai pas la tête à m’inquiéter pour quelques poulets ! Quelques poulets. Mais Dieu connaît chacune de ces poules, même si ce n’est pas un moineau. Il l’a voulu, sinon il ne lui aurait pas donné la vie.
Comme une vaste secte humaine, nous nous tenons dans un carcan de silence.
Nous avons maîtrisé la culture, le marketing, et aussi l’art merveilleux de la cuisine. Nous disons schnitzel, nuggets, escalopes. Joliment emballés dans du papier aluminium, ils ne sont associés à aucun être vivant. Même un poulet pâle entier, même un cochon entier jeté sur la route comme s’ils n’avaient jamais été leur seule vie. Comme s’ils n’avaient aucune dignité. Nous contribuons tous à ce mal dans une certaine mesure.

Victor Hugo Perez

Justifications

Dieu a permis que les animaux soient mangés, dit un chrétien.
Dieu, selon l’Écriture, a permis de nombreuses actions mauvaises à l’homme pécheur. Ne nous y attardons pas. Certaines citations justifieront l’utilisation des animaux, et il y en a qui disent que c’est une abomination pour Dieu.
Nous cherchons une justification. Nous faisons porter la responsabilité à Dieu. Il l’a permis, il a mangé, il a accepté les sacrifices ! Nous disons : c’est le monde, la nature, nous n’avons pas le choix. Vraiment ? L’homme ne dompte-t-il pas sa propre nature ? Après tout, c’est, entre autres, ce qui nous distingue. Le potentiel de notre développement éthique est-il déjà épuisé ?

La foi

Qui dans l’Église parle du fait que, puisque le monde entier a été racheté par le Christ, les animaux font, eux aussi, partie du Royaume de Dieu. Nous parlons de l’harmonie décrite dans la Genèse, dans les paroles des prophètes, contenue dans l’enseignement du Christ. m :=Pourquoi donc, en ce moment, ici, ne sommes-nous pas guidés par ses valeurs : amour, beauté et bonté. À la fin des temps, après tout, il ne peut y avoir d’abattoirs dégoulinants de peur, de cages, de douleur animale. Ce n’est pas le Royaume que nous construisons, n’est-ce pas ? Par conséquent, les cages, l’infliction de la douleur, ne devraient pas avoir leur place dès maintenant, sur la Terre, n’est-ce pas ? Si nous croyons à la création et à la rédemption, nous ne pouvons pas exclure les animaux sensibles de notre cercle de moralité. Le monde n’est pas seulement à propos de nous et pas seulement pour nous.
À moins, bien sûr, que nous ne soyons qu’une espèce parmi tant d’autres, mais au sommet de la hiérarchie de l’évolution, où nous faisons ce qui nous plaît.

Si nous nous rappelons notre origine commune, le même souffle de vie, les difficultés communes de l’existence, nos dettes de gratitude, si nous réalisons qu’ensemble nous aspirons à l’harmonie ultime, n’est-il pas grand temps de réviser nos normes et nos habitudes ? N’est-il pas déjà temps de faire preuve de solidarité envers les animaux ?

Nombreux sont ceux qui, limités par peu de choses, peuvent amorcer avec audace le difficile changement mental et culturel de l’attitude des gens envers les animaux, qui peuvent donner l’exemple. Et il existe de nombreuses façons d’exprimer et de réaliser la solidarité avec les animaux.

Barbara Niedźwiedzka est une militante des droits des animaux, animatrice du mouvement Laudato si’, rédactrice de la page web www.opowiedzzwierze.pl, fondatrice de Chrétiens pour les animaux - Pologne,
e-mail : chrzescijaniedlazwierzat chez gmail.com