Livres - Nouveautés

, par Pierre

L’inconscient des animaux

Florence Burgat
Editions du Seuil, 2023

Au soir d’une vie consacrée à l’exploration de l’âme humaine, Freud affirme que ceux qu’il désigne comme « animaux supérieurs », qui ont notamment connu une période de dépendance dans l’enfance, ont le même appareil psychique que l’homme. Cette affirmation est rendue possible grâce à une conception du psychisme plus profonde que celles qui lient inconscient et langage. Elle fait appel à l’histoire de l’évolution et pense une commune condition des êtres vivants, nés et mortels. Si Freud extrapole sa thèse de l’inconscient, du moi et du surmoi aux animaux supérieurs, ce n’est donc en rien par anthropomorphisme. Il s’agit plutôt d’un constat, désormais étayé par l’éthologie et la psychiatrie vétérinaire, qui décrivent des conflits intérieurs et traitent de psychopathologies.

Par-delà la pleine reconnaissance d’une vie consciente, la prise en compte de l’inconscient des animaux renouvelle notre compréhension philosophique du psychisme, aussi bien humain que non-humain.

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Libération

Le bestiaire philosophique de Jacques Derrida

Orietta Ombrosi
Préface : Corine Pelluchon,
Editeur Puf, 2022

« L’animal comme Autre » : telle est la vision qu’expose ici Orietta Ombrosi en s’inscrivant dans les traces du bestiaire de Jacques Derrida, entre récits, concepts et argumentations philosophiques, nourrissant sa réflexion de la vie réelle ou métaphorique des animaux, et dessinant par là la naissance d’un mouvement de pensée alternatif. En effet, pister et suivre certains animaux, dans l’attention constante à leurs différences et singularités, soulève des enjeux décisifs, autant de défis éthiques et politiques pour prendre en charge la « question animale » autrement et de manière inédite.

Voici l’âne, le chat, et puis un chien au nom propre ; voici le bélier et le loup, et même une toute petite colombe ; sans oublier le serpent, la « bête » qui est déjà au commencement. Sur tout ce monde animal planent sans arrêt les grandes ailes de l’utopique Chimère, qui recueille aussi le chant du coq, annonciateur de ce jour prochain où les relations entre les hommes et les animaux seront enfin radicalement différentes.

Article : https://www.la-croix.com/Culture/Le-bestiaire-philosophique-Jacques-Derrida-dOrietta-Ombrosi-entendre-souffrance-animale-2023-02-02-1201253468 « Le bestiaire philosophique de Jacques Derrida » d’Orietta Ombrosi : entendre la souffrance animale
Critique par Dominique Greiner, le 02/02/2023

À partir de la réflexion de Derrida sur l’animal, ce livre s’interroge sur l’altérité des animaux et la souffrance que nous leur infligeons, invitant par là à changer aussi de regard sur nous-mêmes. Dominique Greiner, le 02/02/2023

La cause animale a gagné en visibilité ces dernières années, faisant même irruption dans la sphère politique. Mais ce souci humain pour l’animal doit être interrogé philosophiquement, à la suite de Jacques Derrida. « De qui parle-t-on, donc, quand on dit ”animal” ? Et que signifie ”animal” ? Parle-t-on du vivant ou du non-humain ? S’agit-il de l’individu ou de l’espèce ? S’agit-il de l’animal au singulier ou de l’espèce à laquelle il appartient à chaque fois ? », se demande Orietta Ombrosi. « De quel droit peut-on réfléchir et argumenter sur ”l’animal” et les animaux, malgré et avec toutes nos bonnes intentions (…), tout en les laissant dans le silence ? », interroge encore la philosophe de la Sapienza (Université de Rome) qui entend prendre en charge la « question animale », sans faire violence aux animaux.

L’exercice est délicat, car il restera toujours humain, trop « anthropo-logo-centrique ». D’où le choix de l’autrice de recourir au bestiaire, qui présente plusieurs avantages. En honorant la pluralité et la diversité du règne animal, il permet de protester contre un singulier général du mot « animal » et de l’appliquer à la singularité d’un animal en particulier. Ensuite, le bréviaire, en se nourrissant de la vie – réelle ou symbolique – des animaux, rend attentif à leurs différences et à leurs singularités, donne d’entendre leurs appels et leurs souffrances, et partant permet de « raisonner différemment, autrement ».

« Le bestiaire, résume Corine Pelluchon dans sa préface, constitue un excellent préambule pour aborder l’altérité des animaux et regarder en face la souffrance que nous leur infligeons, en acceptant de nous décentrer, en réalisant que leur existence nous oblige et qu’il nous faut remettre en question des pans entiers de notre éducation et de notre culture, construites sur la domination des autres vivants, voire sur leur sacrifice. »

Au fil des chapitres, Orietta Ombrosi piste ces animaux que l’on trouve dans l’œuvre de Jacques Derrida mais aussi pour certains d’entre eux dans la Bible. Elle dialogue de manière serrée avec le philosophe de la déconstruction qui manifestait « une passion pour les animaux » et dont la philosophie animale si particulière qui traverse son œuvre interroge tous les usages que notre société fait des animaux, ce qu’elle leur fait, tant sur le plan scientifique, économique que politique. Des pages denses à ruminer, pour qu’un jour les relations entre les hommes et les animaux soient radicalement différentes.