L’homme et l’animal : une différence spécifique, une vraie distinction, mais aucun mépris bien évidemment
Dans la foi chrétienne, l’être humain est un composé d’un corps et d’une âme spirituelle, âme créée directement par Dieu, immortelle.
Les animaux, eux aussi, ont une âme, mais pas une âme spirituelle : leur âme est dite « sensitive », principe de vie, de mouvement, d’affection… mais elle ne survit pas naturellement à la mort du corps.
Donc :
L’homme : âme immortelle + résurrection du corps.
L’animal : âme périssable (selon l’enseignement classique).
Cela dit, ce n’est pas la fin de l’histoire.
« Rien ne subsiste des animaux ? »
Traditionnellement, la théologie dit : L’animal n’a pas une âme immortelle comme l’homme.
Mais elle ne dit pas : Dieu ne peut pas les faire exister dans la vie éternelle.
Il est important de comprendre que Dieu n’est pas limité par la biologie.
Si Dieu recrée les cieux et la terre, il peut très bien y faire entrer ce qu’il veut.
Que dit la Bible sur la vie à venir et les animaux ?
La Bible ne décrit pas la vie éternelle comme un univers vide et abstrait.
Au contraire, plusieurs passages la présentent comme une création renouvelée, harmonieuse :
« Je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Is 65,17)
« La création tout entière gémit… en attente » (Rm 8,19-23)
Paul ne parle pas seulement des humains ; la création entière est concernée par la rédemption.
Cela laisse ouverte la possibilité d’une présence des animaux dans la création renouvelée.
Que dit le pape François ?
Dans Laudato si’, le pape voit toutes les créatures converger vers Dieu :
LS 83 - « L’aboutissement de la marche de l’univers se trouve dans la plénitude de Dieu, qui a été atteinte par le Christ ressuscité, axe de la maturation universelle.
Nous ajoutons ainsi un argument de plus pour rejeter toute domination despotique et irresponsable de l’être humain sur les autres créatures.
La fin ultime des autres créatures, ce n’est pas nous.
Mais elles avancent toutes, avec nous et par nous, jusqu’au terme commun qui est Dieu, dans une plénitude transcendante où le Christ ressuscité embrasse et illumine tout ; car l’être humain, doué d’intelligence et d’amour, attiré par la plénitude du Christ, est appelé à reconduire toutes les créatures à leur Créateur. »
LS 243 - « A la fin, nous nous trouverons face à face avec la beauté infinie de Dieu (cf. 1 Co 13, 12) et nous pourrons lire, avec une heureuse admiration, le mystère de l’univers qui participera avec nous à la plénitude sans fin. Oui, nous voyageons vers le sabbat de l’éternité, vers la nouvelle Jérusalem, vers la maison commune du ciel. Jésus nous dit : « Voici, je fais l’univers nouveau » (Ap 21, 5). La vie éternelle sera un émerveillement partagé, où chaque créature, transformée d’une manière lumineuse, occupera sa place et aura quelque chose à apporter aux pauvres définitivement libérés. »
Cela montre que la perspective moderne est plus ouverte que celle strictement philosophique du Moyen Âge.
Y aura-t-il des animaux dans la vie éternelle ?
Le christianisme n’en fait pas un dogme, mais on peut dire ceci :
Il n’y a pas de garantie théologique qu’un animal individuel survive comme un humain survit.
Mais il y a une forte cohérence interne à penser que la création renouvelée comportera des animaux.
Certains théologiens soulignent le fait que tout ce qui a été bon dans notre vie peut être transfiguré par Dieu.
Autrement dit :
Ton chien ou ton chat ne ressuscitent pas “biologiquement”… mais rien n’empêche Dieu de te les redonner sous une forme transfigurée, dans la joie du Royaume.
Ce n’est pas absurde, au contraire, c’est profondément conforme à l’idée d’un Dieu qui crée par amour.
Les approches contemporaines (théologies de l’écologie…)
Depuis le XXe siècle, plusieurs axes se sont développés :
a) Théologie de la création renouvelée
Au centre :
« La création tout entière attend d’être libérée… » (Rm 8,19-23)
La rédemption n’est pas seulement humaine, elle est cosmique.
Cela rend très plausible une présence des animaux dans la nouvelle création.
b) Réflexion sur la relation homme-animal
Aujourd’hui, on reconnaît davantage la place importante que les animaux occupent dans nos vies : présence affective, réduction du stress, stabilité relationnelle, médiation thérapeutique…
Certains théologiens affirment que Dieu pourrait restaurer les animaux qui ont eu une relation d’amour avec un humain, car l’amour ne se perd pas en Dieu.
c) Le pape François (Laudato si’)
Il dit explicitement que toutes les créatures seront transfigurées et qu’aucune n’est oubliée.
Il laisse entendre qu’on pourra les retrouver dans la lumière de Dieu.
Ce n’est pas un dogme, mais une orientation pastorale forte.
En résumé :
Ouverture explicite à la présence eschatologique des animaux.
Valeur spirituelle reconnue à la relation homme-animal.
Finalité : accomplissement de l’amour et de la création.
Plusieurs théologiens vont dans ce sens : C.S. Lewis, Karl Barth, Jürgen Moltmann, Elizabeth Johnson, Teilhard de Chardin, (Dans une certaine mesure) le pape François.
Alors… qu’en est-il vraiment ?
L’Église ne définit pas dogmatiquement la question, mais trois certitudes émergent :
1. La création entière sera renouvelée : il n’y aura pas un paradis vide de vie.
2. Dieu ne perd rien de ce qu’il aime.
3. L’amour est éternel ; ce qui a compté pour toi peut être rendu.
Donc, même si l’animal n’a pas une âme immortelle par nature, Dieu peut le faire exister dans la vie éternelle, et certains théologiens estiment qu’il le fera.
Dieu ne méprise jamais ce que nous aimons
Quand quelqu’un demande : « Est-ce qu’il restera quelque chose de mon animal ? », la question est rarement purement théorique.
Elle parle de l’attachement, de la gratitude, de la tendresse, de la présence silencieuse d’un être qui a compté.
Et cela, Dieu le voit,
Dieu le comprend,
Dieu s’en émeut.
L’amour que tu as donné n’est jamais perdu.
Et l’amour que tu as reçu, Dieu ne le laissera jamais tomber dans le néant.
Les animaux ne sont pas des “objets” dans la vision chrétienne
Pendant longtemps, la théologie a parlé surtout de l’homme.
Mais la Bible elle-même raconte que :
Dieu confie les animaux à l’homme comme des êtres vivants (Gn 2).
Dieu prend soin d’eux (il donne la pluie “pour les bêtes des champs”, Ps 104).
Le sabbat existait aussi “pour ton bœuf et ton âne” (Dt 5,14).
Dieu inclut les animaux dans l’alliance de Noé (Gn 9,9-17).
C’est dire qu’ils ont leur place dans le cœur de Dieu, bien plus que ce qu’on a parfois laissé entendre.
La vie éternelle n’est pas une abstraction : c’est une communion
Quand Jésus parle du Royaume, il parle de repas, de table, de joie, de rencontres, de relations.
Il parle d’une terre nouvelle.
Pas d’un nuage blanc où l’on flotte, mais d’une existence transfigurée, pleine de vie.
Et dans une vie harmonieuse, où toute la création est restaurée.
Comment imaginer qu’il n’y ait pas de place pour les animaux, qui en font partie depuis le début ?
Si la création est renouvelée, elle l’est pleinement, dans sa beauté, dans sa diversité, dans ses liens.
Ce que tu as aimé peut être retrouvé
Beaucoup de croyants se demandent :
“Dieu va-t-Il me rendre celui que j’ai perdu ? Même s’il était un animal ?”
On ne peut pas affirmer de quoi il s’agit précisément.
Mais on peut dire ceci, avec grande paix :
Dieu ne détruit jamais une relation qui a été bonne,
Dieu sauve tout ce qui a été de l’amour dans ta vie,
Dieu transfigure ce qui a été source de joie.
Si ton lien avec un animal a été un lien d’amour, de douceur, de fidélité, alors ce lien a une réalité devant Dieu.
Rien de ce qui est vrai et beau en toi ne sera perdu dans le Royaume.
Une image simple, qui peut aider
Imagine que tu arrives dans la vie éternelle.
Rien n’est identique à la terre…
et pourtant tu te sens complètement chez toi.
Et là, dans cette lumière, tu retrouves non pas un animal identique, comme un clone, mais la présence vivante, reconnaissable, transfigurée de celui qui a compté pour toi.
Non pas parce qu’il avait une âme immortelle comme toi, mais parce que Dieu est capable de recréer ce qui t’a rendu plus humain.
Ce n’est pas naïf.
C’est au contraire très profond : Dieu sauve personnellement ce qui participe à ton histoire de salut.
En bref : voici une parole de consolation vraie
Dieu se souvient de chaque créature.
Rien de ce qui a été aimé n’est inutile ou oublié.
La vie éternelle est une communion, pas un désert stérile.
Ce qui t’a appris à aimer, à être doux, à être fidèle, peut être retrouvé.
Le Royaume n’est pas une perte, c’est un accomplissement.
Tu n’as pas à te représenter un paradis sans vie, sans couleurs, sans animaux.
Cela pourrait apparaître comme contraire au cœur du Dieu créateur.
Christophe BEAUBLAT
Formateur
Coordinateur de l’Étape de Synthèse Vocationnelle
Préfet de Liturgie
